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  • Massacres en RDC : face à l’indifférence générale, un appel urgent à la mobilisation

    Massacres en RDC : face à l’indifférence générale, un appel urgent à la mobilisation

    Depuis plus de trente ans, les provinces du Nord et du Sud Kivu, dans l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC), sont le théâtre de conflits armés interminables et sans conteste l’un des plus meurtriers de l’histoire contemporaine. Le bilan humain est désastreux : plus de six millions de morts, des millions de déplacés, des massacres de civils, des viols, des atrocités indicibles et pillages de ressources naturelles etc. Pourtant, ces horreurs demeurent largement ignorées par la communauté internationale, les médias, et plus préoccupant encore, par une grande partie des africains eux-mêmes. Cette indifférence pose des questions sur la capacité, voire la volonté réelle des acteurs africains et des Organisations continentales à préserver la vie et le bien-être de leurs populations. Comment mettre fin définitivement à cette série de guerres macabres qui ravage l’Est de la RDC ?

    Trois décennies de conflits armés et d’impunité 

    La reprise des combats en janvier de cette année dans le Nord Kivu, notamment avec l’offensive du mouvement du 23 mars (M23) soutenu par le Rwanda, a replongé l’Est de la RDC dans une nouvelle spirale de violences. Repoussant les Forces armées Congolaises (FARDC), les insurgés ont pris successivement le contrôle de Goma et Bukavu, les capitales du Nord et du Sud-Kivu. Même les rares organisations humanitaires présentes dans ces zones difficiles d’accès ne sont pas à l’abri des violences. Ainsi, dans la soirée du 18 avril 2025, un employé de Médecins Sans Frontières (MSF) a été abattu par un homme en uniforme à Massissi Centre, dans le Nord-Kivu. C’est le troisième employé de l’organisation tué depuis le début de l’année dans la région.

    Les premiers affrontements dans le Kivu remontent à la période suivant le génocide rwandais de 1994. Ils opposaient les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) réfugiés dans l’Est de la RDC au FPR (Front Patriotique Rwandais) qui, après avoir pris le pouvoir au Rwanda voisin, a poursuivi les FDLR en territoire congolais pour éliminer la menace. La région est depuis lors, devenue une zone de guerre sans fin. De nombreux groupes armés rebelles aux revendications diverses, s’y sont formés, démobilisés puis reformés à plusieurs reprises. Cependant, l’exploitation des ressources naturelles du Congo, notamment ses minerais précieux, joue un rôle majeur dans l’alimentation de ces conflits meurtriers. Des réseaux criminels internationaux, souvent liés à des grands groupes et intérêts économiques puissants, tirent profit de ce chaos, et contribuent à maintenir le silence médiatique sur cette crise. Pendant que le pillage des richesses continue de faire des ravages, les souffrances du peuple congolais sont reléguées au second plan. Les rares mentions de la situation par les médias surviennent généralement lors d’une recrudescence des violences, comme celles observées actuellement. Mais elles restent sporadiques et insuffisantes pour faire bouger les choses.

    Sans entrer dans le jeu des comparaisons malsaines, imaginez plus de six millions de morts ; un chiffre supérieur à celui des victimes de Gaza, de l’Ukraine ou de la Syrie. Il est vraiment frappant de constater que si les atrocités vécues par les Congolais se produisaient sous d’autres cieux, dans d’autres régions du monde, la couverture médiatique aurait été beaucoup plus intense. Les manifestations, les blocages universitaires, les appels au boycott, et les hashtags en soutien à la cause auraient été omniprésents. Pourtant, le drame congolais reste presque invisible aux yeux des médias et des influenceurs. Ce silence devient d’autant plus incompréhensible lorsque l’on constate l’absence de mobilisation sur le continent Africain et au sein de la diaspora africaine en Occident, où la solidarité et la mobilisation pour d’autres causes, souvent lointaines, sont fréquentes.

    Un réveil nécessaire : l’urgence d’une action africaine

    En tant que citoyen du monde, je défends une vision universaliste et sans distinction des droits humains. Toutefois, il existe une réalité propre aux êtres vivants, et c’est même une règle qu’on apprend en première année de journalisme : la loi du « mort kilométrique ». En d’autres termes, notre intérêt pour une tragédie dépend souvent de son impact direct sur notre communauté. En général on s’intéresse d’abord aux nouvelles qui nous touche directement, nos proches et notre voisinage. Il est donc paradoxal, voire déroutant de voir certains Africains s’investir passionnément dans des causes très lointaines comme celle de Gaza, tout en restant silencieux face au massacre de leurs frères en RDC.

    Ce n’est pas une critique en soi, mais prenez la marche organisée à Dakar pour dénoncer la guerre à Gaza, ou le dépôt de plainte par l’Afrique du Sud contre Israël au nom de la Palestine, ou encore les influenceurs africains qui font des dizaines de vidéos sur la Palestine etc. imaginez si cette même énergie était mobilisée pour dénoncer et agir contre les violences en RDC ? Si la diaspora africaine, tout comme les citoyens du continent, se levaient comme un seul homme pour faire pression sur leurs dirigeants et les institutions régionales et internationales pour qu’ils agissent concrètement. La mobilisation européenne, depuis le début de l’offensive russe en Ukraine est un exemple de ce qu’est capable d’accomplir un continent mobilisé, des sociétés civiles engagées, et une Organisation continentale comme l’Union Européenne : soutien international, pressions diplomatiques, appels à la paix, mise en garde contre la propagation de la guerre sur le vieux continent, accueil des réfugiés, gel des avoirs russes, boycotts etc. Qu’a fait l’Afrique contre la guerre en RDC ? Où sont l’Union africaine et les organisations régionales face à cette crise ?

    La nécessité de reconnaitre nos réalités ethniques et géographiques

    Enfin, la guerre dans l’Est de la RDC illustre des problématiques qui touchent aussi plusieurs autres régions d’Afrique : conflits ethniques et intercommunautaires, enjeux liés aux frontières et aux identités. Elle ressemble à s’y méprendre aux problèmes dans le nord de la RCA et le Sud du Tchad. Il y a des Tutsis congolais et des Tutsi rwandais, tout comme on retrouve des haoussas des deux côtés de la frontière entre le Niger et le Nigeria, une population frère aux frontières entre la Côte-d’Ivoire et le Burkina Faso, sans parler des peuls, un peuple nomade qui existe dans la majorité des pays Sahéliens et Subsahariens. Tant qu’on n’acceptera pas ces réalités ethniques pour trouver le moyen de vivre ensemble en paix sans discriminations, on ne sera jamais à l’abris des mèches allumées par des mains invisibles pour déstabiliser nos pays. La paix durable passera toujours par la promotion du vivre ensemble et la lutte contre les discriminations.

    Il est temps d’agir collectivement et de briser le silence sur cette guerre interminable. Le peuple congolais mérite notre soutien et notre solidarité, c’est cela le vrai panafricanisme. Enfin, la lutte pour les droits humains ne devrait pas se limiter à une seule région ou cause ; elle doit être universelle. Il n’est plus possible de rester indifférents face à cette tragédie. Il est temps de se lever pour réclamer la paix en RDC.

  • Le panafricanisme : Un idéal d’émancipation détourné en arme politique contre les droits humains

    Le panafricanisme : Un idéal d’émancipation détourné en arme politique contre les droits humains

    Né dans les années précédant les indépendances, le panafricanisme visait à promouvoir l’indépendance totale de l’Afrique et l’unité entre les peuples afro-descendants. Aujourd’hui, ce mouvement fait face à une dérive préoccupante. Certains dirigeants africains et leurs partisans détournent cette idéologie jadis porteuse d’aspirations nobles, pour servir des intérêts personnels, souvent au détriment des droits humains et des libertés fondamentales. Ce phénomène en pleine expansion, particulièrement visible dans la région Sahélienne et massivement promu sur les réseaux sociaux soulève des questions légitimes sur l’avenir du mouvement. Comment préserver l’héritage du panafricanisme et éviter qu’il ne soit réduit à un simple slogan brandi pour justifier l’autoritarisme ?

    Manipulations et propagandes : les droits de l’homme et la jeunesse africaine sacrifiés

    L’explosion des crises humanitaires, notamment l’extrême pauvreté, l’insécurité, le terrorisme, et les catastrophes naturelles, a favorisé la prise de pouvoir par les armes dans plusieurs pays africains au cours des dernières années. Ces coup-d’État, d’abord perçus comme une lueur d’espoir par des populations désespérées et ne sachant plus à quel saint se vouer, sont vendus comme une libération, une nouvelle forme d’indépendance. Titillant la fibre patriotique et le désir de se libérer des chaines du néocolonialisme pour reprendre en main leur destinée et profiter pleinement des ressources de leur pays, le discours des militaires parvient à séduire une partie de la jeunesse. Au fil du temps, pour entretenir cet espoir, et se maintenir au pouvoir, ces régimes militaires ont trouvé la recette miracle : le panafricanisme. En un mot tout le monde est pourri – des médias indépendants, aux partis politiques, en passant par les organisations régionales- tous ceux qui émettent des réserves sur leur agendas politique seraient contre l’indépendance totale de l’Afrique. Cela leur permet d’interdire les partis politiques, de remettre aux calendes grecques la tenue des élections, de se retirer des organisations internationales et d’enfermer les journalistes qui leur déplait etc.

    Pire encore, il leur suffit de désigner, sans aucune forme de procès leurs opposants politiques comme des ennemis de l’indépendance, des traîtres à la nation ou des agents à la solde de la « françafrique » pour les livrer à la vindicte populaire. C’est une stratégie de diabolisation qui permet non seulement d’étouffer toutes les voix discordantes, mais également de maintenir ces régimes au pouvoir par la peur, la désinformation et la désignation permanente d’un ennemi responsable de tous les malheurs du peuple. Oser évoquer un retour à l’ordre constitutionnel dans certains pays, c’est s’exposer à de véritables démonstrations de force qui commencent par des marches organisées par quelques collectifs soudoyés pour galvaniser un soutien inconditionnel et permanent du « peuple ». La propagande est ensuite relayée sur les médias publics acquis à la cause et sur les réseaux sociaux, grâce à des influenceurs suivis par une armée de trolls qui aboient des slogans souverainistes et harcèlent systématiquement tous ceux qui ne se conforment pas à la pensée unique. Absolument rien ne doit contredire le sacro-saint narratif officiel, et pour s’en assurer, ces régimes autoritaires n’hésitent pas à enfermer les journalistes indépendants et à interdire les médias qui ne se contentent pas de relayer la version officielle.

    Soyons sérieux un instant : les chasses aux sorcières, les emprisonnements arbitraires sans procès équitable, les exécutions sommaires et les manifestations violentes en soutien aux régimes d’exceptions, ne peuvent et ne doivent pas être assimilés au panafricanisme ni brandis comme tel. Ils ne le sont pas, surtout pas pour le citoyen lambda. On ne s’en rend compte bien souvent que trop tard, le jour où soi-même ou un membre de sa famille est accusé à tort, incarcéré ou exécuté parce que désigné comme traitre. C’est dans ces moments-là que l’on réalise à quel point les droits de l’homme, l’État de droit et la démocratie sont essentiels pour garantir la protection de tous, sans exception. Il est l’heure de sonner le tocsin pour un réveil des consciences au sein de la jeunesse africaine, Il est impératif que cette jeunesse prenne du recul et refuse de se laisser manipuler par des discours populistes. Beaucoup sont conscients de l’enjeu, Il suffit de parcourir l’Afrique, de discuter avec la jeunesse intellectuelle africaine pour se rendre compte de l’abime qui existe entre les bruits des réseaux sociaux et les véritables aspirations de la jeunesse africaine.

    Les africains, à l’instar du reste de l’humanité ont le droit d’aspirer à des conditions de vie dignes, à la liberté d’expression sans craindre des représailles, de jouir de tous les droits fondamentaux énoncés dans la déclaration universelle des droits de l’homme. Cela inclut également le droit de vivre dans une démocratie qui ne devrait pas être perçue comme un mot tabou, ou un privilège réservé aux occidentaux mais simplement la possibilité, pour chaque citoyen d’avoir son mot à dire sur les décisions qui impactent sa vie et son avenir. Au fil de mes nombreux voyages et mes échanges avec la jeunesse africaine, j’ai pu me rendre compte combien cette quête d’émancipation est grandissante, et révèle un réel désir d’égalité et de dignité pour tous.

    Appel à l’Insurrection Intellectuelle en Afrique : vers un Panafricanisme réinventé

    Face à ce constat alarmant, le silence des intellectuels africains devient assourdissant, et cela au grand bonheur des hommes en treillis. Les militaires qui accèdent au pouvoir à la faveur d’un coup-d ’état se croient toujours investis d’une mission messianique. Ils ne tolèrent aucune opposition ou avis divergent. À l’ère du populisme, des post-vérités et des réseaux sociaux, leurs partisans exploitent ces outils pour museler la presse libre et les opposants, endoctriner les jeunes, gouverner sans contre-pouvoir ni mécanisme de contrôle sur leurs actions. Ils dictent ainsi leurs seules lois et s’arrogent le pouvoir de vie et de mort sur le reste de la population.

    Les intellectuels africains doivent prendre le risque de s’insurger contre cette dérive et promouvoir un véritable débat sur les droits humains et les libertés fondamentales. L’Afrique, à l’instar des autres continents, a le droit d’aspirer à des conditions de vie dignes, à la liberté d’expression, à la liberté de la presse, et à un système politique juste et équitable. On est en droit de se demander si « Black lives matters seulement en Occident ? » : Les vies noires ne comptent/n’ont de la valeur uniquement en Occident ? Car il suffit de voir les marches de protestation que la diaspora africaine, et les afrodescendants organisent en occident pour se rendre compte qu’ils savent revendiquer leur droit. Lorsqu’un farouche opposant à la françafrique est arrêté en France, c’est tout le monde, depuis les capitales africaines jusqu’en France qui s’est levé pour demander sa libération, et le respect strict de ses droits etc. Il est donc assez troublant de voir que les mêmes personnes, à visage découvert sur les réseaux sociaux, demandent l’exécution publique des africains accusés en Afrique d’intelligence avec l’ennemi. Comment quelqu’un de sain d’esprit peut-il se réjouir de la mise à mort sans procès d’un être humain fut il opposant politique ?

    Pour que le panafricanisme retrouve son essence véritable, il est nécessaire de le réinventer. Cela implique de se lever comme un seul homme pour dénoncer les abus de pouvoir et défendre les droits fondamentaux de tous les africains ainsi que les valeurs démocratiques. L’unité africaine et l’indépendance ne doivent pas être un prétexte pour justifier la répression, l’exclusion ou l’éradication de toute opposition politique mais plutôt un moyen de promouvoir la justice sociale et l’émancipation collective.

    Le panafricanisme ne peut se réduire à un slogan brandi par des leaders autocratiques pour justifier leur maintien au pouvoir. Il doit être un véritable appel à la solidarité et à la justice, fondé sur le respect des droits de chacun. 

    Version vidéo à regarder sur ma chaine Youtube via ce lien