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  • Le panafricanisme : Un idéal d’émancipation détourné en arme politique contre les droits humains

    Le panafricanisme : Un idéal d’émancipation détourné en arme politique contre les droits humains

    Né dans les années précédant les indépendances, le panafricanisme visait à promouvoir l’indépendance totale de l’Afrique et l’unité entre les peuples afro-descendants. Aujourd’hui, ce mouvement fait face à une dérive préoccupante. Certains dirigeants africains et leurs partisans détournent cette idéologie jadis porteuse d’aspirations nobles, pour servir des intérêts personnels, souvent au détriment des droits humains et des libertés fondamentales. Ce phénomène en pleine expansion, particulièrement visible dans la région Sahélienne et massivement promu sur les réseaux sociaux soulève des questions légitimes sur l’avenir du mouvement. Comment préserver l’héritage du panafricanisme et éviter qu’il ne soit réduit à un simple slogan brandi pour justifier l’autoritarisme ?

    Manipulations et propagandes : les droits de l’homme et la jeunesse africaine sacrifiés

    L’explosion des crises humanitaires, notamment l’extrême pauvreté, l’insécurité, le terrorisme, et les catastrophes naturelles, a favorisé la prise de pouvoir par les armes dans plusieurs pays africains au cours des dernières années. Ces coup-d’État, d’abord perçus comme une lueur d’espoir par des populations désespérées et ne sachant plus à quel saint se vouer, sont vendus comme une libération, une nouvelle forme d’indépendance. Titillant la fibre patriotique et le désir de se libérer des chaines du néocolonialisme pour reprendre en main leur destinée et profiter pleinement des ressources de leur pays, le discours des militaires parvient à séduire une partie de la jeunesse. Au fil du temps, pour entretenir cet espoir, et se maintenir au pouvoir, ces régimes militaires ont trouvé la recette miracle : le panafricanisme. En un mot tout le monde est pourri – des médias indépendants, aux partis politiques, en passant par les organisations régionales- tous ceux qui émettent des réserves sur leur agendas politique seraient contre l’indépendance totale de l’Afrique. Cela leur permet d’interdire les partis politiques, de remettre aux calendes grecques la tenue des élections, de se retirer des organisations internationales et d’enfermer les journalistes qui leur déplait etc.

    Pire encore, il leur suffit de désigner, sans aucune forme de procès leurs opposants politiques comme des ennemis de l’indépendance, des traîtres à la nation ou des agents à la solde de la « françafrique » pour les livrer à la vindicte populaire. C’est une stratégie de diabolisation qui permet non seulement d’étouffer toutes les voix discordantes, mais également de maintenir ces régimes au pouvoir par la peur, la désinformation et la désignation permanente d’un ennemi responsable de tous les malheurs du peuple. Oser évoquer un retour à l’ordre constitutionnel dans certains pays, c’est s’exposer à de véritables démonstrations de force qui commencent par des marches organisées par quelques collectifs soudoyés pour galvaniser un soutien inconditionnel et permanent du « peuple ». La propagande est ensuite relayée sur les médias publics acquis à la cause et sur les réseaux sociaux, grâce à des influenceurs suivis par une armée de trolls qui aboient des slogans souverainistes et harcèlent systématiquement tous ceux qui ne se conforment pas à la pensée unique. Absolument rien ne doit contredire le sacro-saint narratif officiel, et pour s’en assurer, ces régimes autoritaires n’hésitent pas à enfermer les journalistes indépendants et à interdire les médias qui ne se contentent pas de relayer la version officielle.

    Soyons sérieux un instant : les chasses aux sorcières, les emprisonnements arbitraires sans procès équitable, les exécutions sommaires et les manifestations violentes en soutien aux régimes d’exceptions, ne peuvent et ne doivent pas être assimilés au panafricanisme ni brandis comme tel. Ils ne le sont pas, surtout pas pour le citoyen lambda. On ne s’en rend compte bien souvent que trop tard, le jour où soi-même ou un membre de sa famille est accusé à tort, incarcéré ou exécuté parce que désigné comme traitre. C’est dans ces moments-là que l’on réalise à quel point les droits de l’homme, l’État de droit et la démocratie sont essentiels pour garantir la protection de tous, sans exception. Il est l’heure de sonner le tocsin pour un réveil des consciences au sein de la jeunesse africaine, Il est impératif que cette jeunesse prenne du recul et refuse de se laisser manipuler par des discours populistes. Beaucoup sont conscients de l’enjeu, Il suffit de parcourir l’Afrique, de discuter avec la jeunesse intellectuelle africaine pour se rendre compte de l’abime qui existe entre les bruits des réseaux sociaux et les véritables aspirations de la jeunesse africaine.

    Les africains, à l’instar du reste de l’humanité ont le droit d’aspirer à des conditions de vie dignes, à la liberté d’expression sans craindre des représailles, de jouir de tous les droits fondamentaux énoncés dans la déclaration universelle des droits de l’homme. Cela inclut également le droit de vivre dans une démocratie qui ne devrait pas être perçue comme un mot tabou, ou un privilège réservé aux occidentaux mais simplement la possibilité, pour chaque citoyen d’avoir son mot à dire sur les décisions qui impactent sa vie et son avenir. Au fil de mes nombreux voyages et mes échanges avec la jeunesse africaine, j’ai pu me rendre compte combien cette quête d’émancipation est grandissante, et révèle un réel désir d’égalité et de dignité pour tous.

    Appel à l’Insurrection Intellectuelle en Afrique : vers un Panafricanisme réinventé

    Face à ce constat alarmant, le silence des intellectuels africains devient assourdissant, et cela au grand bonheur des hommes en treillis. Les militaires qui accèdent au pouvoir à la faveur d’un coup-d ’état se croient toujours investis d’une mission messianique. Ils ne tolèrent aucune opposition ou avis divergent. À l’ère du populisme, des post-vérités et des réseaux sociaux, leurs partisans exploitent ces outils pour museler la presse libre et les opposants, endoctriner les jeunes, gouverner sans contre-pouvoir ni mécanisme de contrôle sur leurs actions. Ils dictent ainsi leurs seules lois et s’arrogent le pouvoir de vie et de mort sur le reste de la population.

    Les intellectuels africains doivent prendre le risque de s’insurger contre cette dérive et promouvoir un véritable débat sur les droits humains et les libertés fondamentales. L’Afrique, à l’instar des autres continents, a le droit d’aspirer à des conditions de vie dignes, à la liberté d’expression, à la liberté de la presse, et à un système politique juste et équitable. On est en droit de se demander si « Black lives matters seulement en Occident ? » : Les vies noires ne comptent/n’ont de la valeur uniquement en Occident ? Car il suffit de voir les marches de protestation que la diaspora africaine, et les afrodescendants organisent en occident pour se rendre compte qu’ils savent revendiquer leur droit. Lorsqu’un farouche opposant à la françafrique est arrêté en France, c’est tout le monde, depuis les capitales africaines jusqu’en France qui s’est levé pour demander sa libération, et le respect strict de ses droits etc. Il est donc assez troublant de voir que les mêmes personnes, à visage découvert sur les réseaux sociaux, demandent l’exécution publique des africains accusés en Afrique d’intelligence avec l’ennemi. Comment quelqu’un de sain d’esprit peut-il se réjouir de la mise à mort sans procès d’un être humain fut il opposant politique ?

    Pour que le panafricanisme retrouve son essence véritable, il est nécessaire de le réinventer. Cela implique de se lever comme un seul homme pour dénoncer les abus de pouvoir et défendre les droits fondamentaux de tous les africains ainsi que les valeurs démocratiques. L’unité africaine et l’indépendance ne doivent pas être un prétexte pour justifier la répression, l’exclusion ou l’éradication de toute opposition politique mais plutôt un moyen de promouvoir la justice sociale et l’émancipation collective.

    Le panafricanisme ne peut se réduire à un slogan brandi par des leaders autocratiques pour justifier leur maintien au pouvoir. Il doit être un véritable appel à la solidarité et à la justice, fondé sur le respect des droits de chacun. 

    Version vidéo à regarder sur ma chaine Youtube via ce lien